A l'autre bout du bout du monde

Canyon Colca (4-10 Mai)

Après une bonne nuit de sommeil, réveil matinal pour prendre un bus pour Cabanaconde, ville surplombant le Canyon Colca et point de départ des principales randonnées. Le trajet sera long, six heures en tout. D'Arequipa situé à 2300 m d'altitude, nous montons doucement jusqu'à un col à 4800 m, en passant par l'altiplano péruvien. Ensuite, nous redescendons vers Chivay, premier village du canyon. Arrivés là-bas, un mec vient nous vendre le boleto turistico, billet coûtant 70 Soles et "indispensable" pour visiter le canyon. On essaie de discuter un peu puis devant son insistance on le prend. De toutes façons que ce soit à lui ou pas, il faudra l'acheter ce boleto, même si le prix nous paraît excessif (un peu plus de 20 euros).

Puis c'est reparti pour encore deux heures. Nous longeons alors le canyon: impressionnant! D'innombrables terrasses garnissent les versants de ce qui ressemble un peu plus à une vallée profonde qu'à un canyon. Le bus nous fait quand même un peu peur, il file à toute vitesse alors que nous sommes sur une piste et que par endroit le ravin est proche! Enfin, après avoir traversé de nombreux villages également situés au bord du canyon, nous arrivons à Cabanaconde. Il est un peu plus de 14H, nous allons donc passer la nuit là avant de descendre dans le canyon demain pour y rester environ quatre jours.

Nous nous installons à l'hostel Pachamama. En fin d'après midi, nous nous promenons dans le village et partons vers un mirador tout proche de la ville. Nous pouvons alors observer le canyon et repérer les villages et les chemins par lesquels nous passerons les prochains jours.

Malheureusement, aucun condor à admirer... mais ce n'est que partie remise. Nous repartons vers le village où nous nous arrêtons pour demander quelques conseils au centre d'informations. En lui disant que l'on compte rester quatre jours dans le canyon, il nous propose la boucle à laquelle nous avions déjà pensée: 

 
- Jour 1: départ de Cabanaconde, descente dans le canyon, puis remontée vers San Juan de Chuccho puis Tapay où nous pouvons passer la première nuit (6H de marche environ),
 
- Jour 2: de Tapay, on passe par Cosñirhua et Malata, puis on rejoint Fure pour une seconde nuit dans le canyon (6h de marche environ),
 
- Jour 3: de Fure, passage par Llatica puis arrivée à Llahuar où il y a des thermes (3h de marche environ),
 
- Jour 4: on quitte Llahuar pour remonter vers Cabanaconde (5h de marche environ).
 
 
Le soir, après un repas chez une mamie du village, nous nous posons au bar de l'hôtel. Il y a des renseignements sur les randonnées et Ludwig, ancien guide et gérant de l'hôtel, nous conseille le même parcours qu'au centre d'informations. Au passage, nous faisons la connaissance de Laure, une bordelaise en vacances au Pérou pour trois semaines. Elle est entrain d'enlever les épines à des fruits de cactus, les "sankayos". Ces fruits servent à préparer une spécialité de l'auberge, le Colca Sour (sankayo + pisco + sirop de canne + glaçons), qu'on profite donc pour goûter avant d'aller se coucher... pas terrible!
 
Le lendemain, après un bon p'tit dèj' (inclus) à l'hôtel, nous sortons de la ville par la route pour rejoindre le point de départ du sentier. Arrivés au bord du canyon, nous avons un point de vue sur tout ce qui nous attend aujourd'hui et en partie demain.
 
Un groupe guidé s'arrête au-dessus de nous, puis repart. Nous n'avons plus qu'à les suivre. Le début de la descente est plutôt tranquille, malgré la proximité du ravin, le chemin est assez large et la pente est douce. Le paysage est splendide.
 
 
 
 
 
 
Mais à un moment, la descente devient plus raide et plus glissante, le chemin est un peu moins large et le ravin n'est pas loin. Elise n'apprécie pas du tout de voir le vide et jusqu'en bas, ce sera un vrai calvaire. Beaucoup de groupes en profitent pour nous dépasser. Au final, la descente de 1000 m aura quand même duré quatre heures. Elise a les orteils en vrac et se sent vidée physiquement et mentalement. Nous nous reposons en déjeunant nos bonnes pâtes chinoises. 
 
 
Puis nous laissons les nombreux groupes passer devant nous avant de repartir. A priori, ils vont directement à l'oasis de Sangalle donc nous devrions être tranquilles à Tapay. La remontée est difficile, nous avons environ 500 m de dénivelé à franchir sur l'autre versant du canyon. Nous y arrivons, doucement mais sûrement. Et plus nous montons, plus le panorama sur le canyon devient impressionnant.
 
 
D'ailleurs, nous voyons au fur et à mesure se dessiner le chemin par lequel nous sommes passés en face, au milieu des falaises. 
 
A 16H30 enfin, nous arrivons à Tapay. La fin de la montée a été interminable mais nous y sommes. Nous trouvons rapidement l'hospedaje Maruja, qu'une femme nous a conseillé plus bas. Une mamie nous accueille et nous montre alors notre chambre pour la nuit, une petite cabane en terre avec un toit en bambous, c'est plutôt mignon. 
 
 
Nous sommes seulement six ici, deux français qui nous ont doublés un peu avant d'arriver, et deux polonais. Après un repos bien mérité, nous sortons de notre chambre pour préparer notre dîner.
 
 
Mamie nous invite alors à faire notre popotte dans sa cuisine, pendant que les autres français et les polonais mangent sur la terrasse, le repas qu'elle leur a préparé. Cela nous permet de discuter tranquillement avec la famille pendant que notre soupe puis nos pâtes cuisent. 
 
Ils sont trois, Daniel, le fils, qui vit à Arequipa et ses parents à qui il est venu rendre visite pour une semaine. Ils nous racontent que ce village date d'avant les espagnols, il y a d'ailleurs des ruines préhispaniques plus haut. Les habitants vivent seulement de leurs cultures et de quelques bêtes qu'ils possèdent. Quasiment tout ce qu'ils produisent est destiné à l'autoconsommation car ils sont trop isolés pour aller vendre leur production. Il y a seulement eux et une autre auberge qui gagnent un peu d'argent grâce au tourisme. En revanche, dans le village situé plus haut encore au-dessus de Tapay, l'agriculture est impossible. On y élève alors l'alpaga et le lama qui n'ont pas peur du froid! Le père de Daniel nous explique que lorsqu'il a besoin d'alpaga, il appelle en haut avec son téléphone portable (et oui, ils sont quand même arrivés jusqu'ici) pour en commander un contre quelques produits agricoles. Pour les provisions (huile, sucre, pâtes, riz, farine...) ils doivent aller à Cabanaconde par le chemin que nous avons pris aujourd'hui. Ils y vont environ une à deux fois par semaine et partent à 2H du matin pour être revenus vers 15H! Quelle forme! 
 
Nous apprenons également qu'il y a une école dans chaque village du canyon mais qui ne va que jusqu'à 12 ans. Après les jeunes partent soit à Cabanaconde soit à Arequipa. D'ailleurs, une fois partis, peu reviennent ce qui fait que le village se vide et il ne compte aujourd'hui que cinquante habitants contre une centaine il y a dix ans. Il faut dire qu'il n'y a aucun travail ici à part celui dans les champs. La vie est donc dure, les perspectives de gain sont nulles et l'isolement du village ne permet pas d'attirer les jeunes. Ils nous disent également que depuis six mois une piste relie Cabanaconde à Cosñirhua, le village voisin de Tapay. Elle permet ainsi à une ambulance d'accéder aux villages du canyon. Apparemment, avant l'existance de cette piste, lorsqu'il y avait une urgence, les habitants fabriquaient une civière et transportaient la personne jusqu'à Cabanaconde par le chemin que nous avons emprunté. Malheureusement, beaucoup de personnes sont mortes avant d'arriver à Cabanaconde. La piste permet donc de gagner du temps. Puis au fil de la discussion, Elise dit qu'elle est médecin, il faut alors à peine cinq minutes pour que Daniel lui confie ses problèmes d'hémorroïdes... En tout cas c'était vraiment intéressant de pouvoir discuter avec eux qui étaient vraiment sympas. 
 
Une fois notre délicieux repas préparé, nous leur proposons de goûter à notre soupe en poudre au potiron qui fait grimacer Daniel, et que sa mère trouve "dulce". Les pâtes à la bolo et parmesan n'ont pas non plus un franc succès. Tant pis, nous on se régale quand même!
 
Le lendemain, après un petit déj' céréales-fruits, façon trek, nous quittons l'auberge et Tapay.
 
 
Nous prenons la direction de Cosñirhua. Très vite, le chemin se rétrécit et descend en pente raide ce qui n'est pas du goût d'Elise. Comme la veille, ce sera dur pour elle mais avec beaucoup de patience et en y allant tranquillement nous arrivons en bas, au niveau d'un rio. Nous prenons un raccourci pour remonter vers Cosñirhua ce qui nous oblige de nouveau à un passage difficile. Nous devons passer sur quelques mètres le long d'un petit canal d'irrigation. Bien sûr le chemin est très étroit et le vide nous guette. Ca ressemble fort à la randonnée du canal des esclaves en Martinique.  
 
 
Soulagés d'avoir passé ce moment difficile, nous arrivons à Cosñirhua...
 
 
... puis dans la foulée à l'autre village tout proche, Malata.
 
 
Nous dominons le canyon et les terrasses des villages.
 
 
 
Sortis de Malata, nous suivons la piste dont nous a parlé Daniel la veille. Elle est assez large et est très peu empruntée donc ça reste agréable (nous verrons seulement un 4x4 dans la journée). La randonnée devient plus facile et Elise apprécie beaucoup plus la journée désormais. Après une pause nouilles chinoises, nous continuons sur la piste pendant un bon moment. Nous dominons désormais l'oasis de Sangalle, lieu hautement touristique du canyon (toutes les agences y descendent) que nous ne verrons que d'en haut.
 
 
 
Puis nous arrivons enfin à une bifurcation et à un point de vue. Depuis ce mirador, nous avons un panorama à 360°, sans doute une des plus belles vues sur le canyon. 
 
 
 
De ce point, nous avons le choix: rejoindre Fure par un sentier, comme nous avions prévu, ou continuer sur la piste pour aller à Llahuar, que nous voulions rejoindre demain. Elise ne se sentant pas la force d'affronter de nouveau un sentier un peu périlleux, nous décidons de zapper Fure et de couper un peu notre parcours en allant à Llahuar dès aujourd'hui. La piste ne faisant que descendre, nous marchons vite malgré la fatigue. Presque en bas, nous quittons enfin la piste pour finir par un petit chemin reliant Llahuar. En une vingtaine de minutes et après avoir franchi un pont, nous y sommes! 
 
Nous sommes alors accueillis par une jeune femme qui nous propose une petite cabane avec accès aux thermes pour 20 soles chacun. C'est parfait!
 
 
En fait, Llahuar n'est pas vraiment un village, il y a juste une lodge qui propose plusieurs cabanes, un camping et un accès aux thermes, rien de plus! Le lieu est vraiment sympa, en position dominante, au-dessus des rios Colca et Huaruro. Le rio Huaruro forme également un canyon, c'est superbe! Et puis nous sommes seuls, au calme. Seule l'eau qui coule tout en bas trouble la quiétude du lieu.
 
Pour récupérer de notre journée, nous descendons au rio pour passer un moment dans les bains chauds. La piscine la plus chaude est occupée donc nous essayerons seulement les deux autres, un peu plus froides, mais quel bien après une journée de marche! Nous décidons de rester deux soirs ici. Au lieu de remonter dès demain, nous allons profiter un peu du lieu et nous reposer là. Et puis de toutes façons nous avions prévu de rester quatre jours et trois nuits dans le canyon et nous avons de la nourriture pour cela donc autant en profiter. 
 
Le jour suivant, nous restons tranquilles, un petit tour dans les thermes (le bain le plus chaud cette fois ci), une sieste, quelques photos puis c'est déjà la fin de la journée.
 
 
 
Le lendemain, nous allons attaquer la remontée et avons prévu de nous lever tôt. En effet, pour remonter à Cabanaconde, il y a une piste et un sentier. Le sentier étant plus direct, il est plus court mais plus périlleux. Pour s'éviter de nouvelles frayeurs, nous avons donc décidé de prendre la piste, beaucoup plus longue mais plus large et plus progressive. La femme de la lodge nous dit qu'il faut prévoir 8H donc mieux vaut partir tôt.
 
Le lendemain, à 7H, nous voilà donc prêts à grimper. Après une première descente au rio Huaruro puis une remontée au petit village en face de Llahuar, nous repartons en descente vers le rio Colca. Nous arrivons vite au pont franchissant le rio. Au passage, nous apercevons plus loin quelques geysers.
 
 
Nous sommes au point bas de notre journée, aux alentours de 2000 m d'altitude. Il ne reste maintenant plus qu'à remonter, mais quelle remontée! Nous n'avons pas moins de 1200 m de dénivelé à affronter avant d'arriver à Cabanaconde et finir le trek. Le chemin monte assez vite au début puis ensuite plus progressivement. Nous longeons le canyon et repassons en face de Llahuar que nous avions quitté plus tôt. Le paysage est encore magnifique.
 
 
Puis ensuite nous quittons le bord du canyon, la route monte en virages serrés.
 
 
Nous sommes alors confiants et pensons mettre moins de temps que prévu. Mais le chemin n'en fini pas de monter, toujours toujours plus haut et nous n'apercevons toujours pas Cabanaconde. Après le déjeuner, ça continue, on monte on monte, mais jusqu'où allons nous monter? Au bout d'un moment, nous arrivons enfin à un point haut mais pas de Cabanaconde! La ville doit être derrière, au loin! Nous commençons vraiment à fatiguer et à nous décourager mais le chemin pour finir devrait être plus plat, enfin! Nous décidons de quitter la piste pour suivre un chemin coupant à travers. Nous traversons alors les champs des habitants de Cabanaconde où beaucoup de personnes sont en train de travailler. Certains sont entrain de couper le maïs et de le ramasser, tout ça à la main bien sûr! Des ânes attendent d'être chargés au bord du chemin.
 
 
 
Après une longue traversée, il nous faut tout de même finir par une dernière montée pour enfin atteindre Cabanaconde. En arrivant dans le village c'est le soulagement, après 9H de marche, c'est fini!
 
Dans une des rues du village, arrive alors une fanfare et un groupe de femmes en habits traditionnels. Elles sont magnifiques! Et ce n'est pas un déguisement, la plupart sont vraiment habillées comme cela tout le temps! Le chapeau est également traditionnel et est typique de Cabanaconde, on ne le trouve nul part ailleurs. On apprend que ce petit défilé a lieu en l'honneur d'une vierge.
 
 
Ensuite, nous retrouvons enfin notre hostel et nous y posons pour un repos bien mérité.
 
Le lendemain, nous prenons un bus très tôt pour aller observer les condors à la Cruz del Condor, lieu également hautement touristique du canyon. Le bus est blindé et s'arrête toutes les trente secondes, ça n'en finit pas! A 7H30, nous arrivons tout de même sur place. On nous demande le boleto turistico pour le contrôler. Pendant les quatre jours dans le canyon, sans surprise, on ne nous l'a jamais demandé. Il fallait venir là pour que ça arrive!
 
A cette heure-ci, pas trop de monde encore, nous sommes tranquilles, mais pas de condors à l'horizon. Nous nous posons à un mirador en contrebas du point de vue principal.
 
 
Nous voyons les groupes arriver les uns après les autres. Puis tout à coup, un condor, puis un deuxième, puis quelques autres encore... C'est un festival, ils passent et repassent devant nous. On va d'un côté à l'autre du mirador pour pouvoir les immortaliser en photo et en vidéo.
 
 
 
Désolés pour la qualité pitoyable de la vidéo, merci Youtube!!!
 
 
Vers 8H30, le site est blindé de monde, il doit y avoir trente ou quarante minibus d'agences et peut-être 200 ou 300 personnes. Ca devient vraiment oppressant, on décide de rentrer à Cabanaconde. Nous croisons un bus d'agence qui y va à vide, il nous emmène.
 
Une fois rentrée au bercail, nous resterons la journée tranquilles, à récupérer de notre remontée de la veille. Nous recroiserons quand même rapidement Greg et Bertille, les français rencontrés à Arequipa avec lesquels nous avons fêté l'anniversaire d'Elise. Eux vont filer à Chivay et ensuite ils ont prévu d'aller à Cuzco directement sans repasser à Arequipa et sans passer par le Lac Titicaca. Le midi, lors de l'almuerzo, nous avons le droit aux tubes péruviens des chanteuses Mary Rosas et Véroniqua Rojas. On vous met un lien pour que vous en profitiez vous aussi. Attention à vos oreilles!
 
 
Le lendemain, après une semaine passée autour et dans le canyon Colca, nous prenons le bus de 6H du mat' pour rentrer à Arequipa. Nous sommes vendredi 10 mai et la cousine d'Elise nous rejoint déjà demain soir pour trois semaines que nous devrons mener tambours battants.
 

Publié à 02:06, le 14/05/2013, dans Perou, Cabanaconde
Mots clefs : LlahuarTapayCruz del CondorcanyonCabanacondethermescondortrek


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